J'ignore quelle est ta consommation de boissons sucrées de couleur marron avec des bulles dedans, mais dis-toi que si tu en as en rab, ça va pouvoir servir. Je lisais ainsi ce
matin, dans un article du Monde que je joins à cette petite lettre, que la marque Sony envisageait d'alimenter les batteries de ses baladeurs avec de l'eau sucrée. L'aspect technique de la
chose m'échappe un peu, mais l'idée peut d'un premier abord sembler séduisante, tendance écologiquement correcte. On peut même se dire, en utopiant un peu, que les jeunots shootées au MP3, MP4,
MP79 si ça existe, vont préférer nourrir leurs machines à sons plutôt que leur taux de diabète. Pour faire court : la musique au secours de l'obésité, la santé par le hip-hop sans bouger de sa
chaise. D'accord, j'extrapole. Mais ce qui risque fort d'arriver, c'est que la batterie se décharge façon pipi de chiot en début de dressage, et le sucre, ça colle. Imagine alors le jeune de
base, expliquant à son prof que si le devoir de physique est poisseux, c'est la faute d'Eminem !
Je t'embrasse,
Avec son triple numéro du mois d'août, Courrier international a livré un supplément consacré au bonheur, valeur hautement subjective. Comment mesurer le bonheur
collectif d'un groupe, d'un peuple, d'un pays ? Je peux vivre dans un pays dit "heureux" et être malheureux comme les pierres parce-qu'un être cher vient de disparaître. Tout cela ne mène donc
pas bien loin, mais deux cartes m'ont quand même interloquée.
La première s'intitule "Carte mondiale du bien-être subjectif". Elle a été réalisée par un chercheur en psychologie d'une université britannique, qui a mesuré ce fameux
bien-être à l'aide de critères faciles à chiffrer : espérance de vie, PIB par habitant (qui ne veut rien dire, tu le sais bien) et accès à l'éducation. Il en ressort que la France arrive 62è sur
178 pays étudiés, loin derrière le Royaume-Uni (où le nombre d'enfants pauvres bat tous les records !), encore plus loin derrière les Etats-Unis (où le nombre de pathologies liées à l'angoisse de
la perte de son emploi est inquiétant). Déjà là, je m'interroge...
La seconde carte tend à mettre en équation le "bonheur planétaire". Attention les amis : pour être heureux, faut vivre là. Ou là. Mais pas là. Les proverbes types "Heureux
comme Dieu en France" ne valent pas plus que les "châteaux en Espagne" : les deux pays écopent tout juste d'un score à peine moyen, alors qu'on est heureux en Colombie, à Cuba et en Chine. La
France, 129è pays sur 178, ressemble à un enfer. Cette carte prend en considération de nombreux critères environnementaux. Les pays exerçant une pression faible sur l'environnement ressortent
donc gagnants (quoique la Chine ...).
Dans tous les cas, l'Afrique subsaharienne est mal partie. Il y a ainsi des espaces sur cette terre qui sortent du monde.
Je t'embrasse.
Je me permets aujourd'hui de t'apporter un article que je viens de lire dans Le Monde, concernant cette pauvre Russie qui, décidément, semble vouée à la dictature. Après
la brève parenthèse des années Gorbatchev, le pays renoue avec des pratiques que n'aurait pas reniées un Staline. Je ne veux pas épiloguer ici sur toutes les affaires déjà connues, tchétchènes ou
autres : j'en suis bien incapable, et exprimer sa tristesse et sa colère ne fait guère avancer les choses.
C'est juste que cet article du Monde que tu vas lire si le cœur t'en dis, évoque une pratique que j'aurais souhaitée ne plus jamais revoir dans ce pays (ni ailleurs non
plus, mais soyons modestes !) : une opposante au régime a été internée dans un hôpital psychiatrique. On sait à quel point l'internement forcé sous de fallacieux prétextes médicaux a eu l'heur de
plaire, y compris en France, dès lors qu'un gêneur troublait l'ambiance. De la tante qui bloque un héritage au voisin acariâtre dont on aimerait capter le bout de jardin, nombreux sont ces gens
ici-même qui ont été, voire qui sont peut-être encore, parqués de force entre camisole chimique et camisole tout court. C'est tellement facile de dire et de convaincre que son voisin est fou,
dangereux pour lui-même et pour les autres !
En Russie, c'est encore autre chose. L'assassinat politique étant devenu un peu trop voyant (quoique non condamné officiellement, si j'en crois les courbettes que les uns et
les autres font à Poutine), on interne, on parque, on isole, on éloigne, on écarte. Lis l'aricle, tu comprendras mieux.
J'ai à nouveau la possibilité de t'écrire, et je tiens tout d'abord à m'excuser de cette interruption sans sommation : laisser un post-it sur la porte du frigo était pour le
moins cavalier, et tu m'en vois toute honteuse.
J'ai un peu déconnecté du monde ces derniers temps, mais, outre la libération des infirmières bulgares, qui m'a soulagée, j'ai quand même retenu l'énorme bourde du futur
premier ministre belge : ne pas savoir quel événement il commémore et entonner La Marseillaise plutôt que l'hymne national belge, c'est de la gaffe de compétition ! Et dire que quand nous étions
enfants, on se gaussait d'histoires belges ...
Je t'embrasse,
Je pensais te faire un petit coucou hier, et puis le temps a passé si vite ... ça doit être l'effet "vacances" ! J'espère que tu ne m'en veux pas trop.
J'ai lu quelques petites news de-ci de-là, pas forcément réjouissantes. Le séisme au Japon, notamment. Pas de grande surprise, bien sûr, mais le fait qu'une centrale nucléaire
a été touchée me rappelle que ce mode de production d'énergie n'est quand même pas sans souci.
Le bac ensuite. Comme d'habitude, le gouvernement s'empresse de parler de score historique, alors que c'est faux. Ce qui est historique, si tant est que ce terme ait un sens
ici, c'est que la proportion de bacheliers par rapport à une classe d'âge n'augmente plus en France depuis environ 10 ans, alors qu'elle progresse dans tous les pays européens. Rien de glorieux
dans tout ça.
Plus relaxant pour finir : il parait qu'au Japon un mystérieux personnage laisse des enveloppes pleines de billets dans les toilettes publiques. Et souvent il s'agit de sommes
rondelettes. Amusant, non ?
Je t'embrasse,
Hier je rendais visite à notre ami Filaplomb, et nous avons causé Dieu. Sérieux, comme sujet, ne trouves-tu pas ? En y repensant
ce matin, je me suis souvenue d'une petite discussion que j'avais eu avec des dealers de bible d'une secte puissante, dont je ne cite pas le nom pour qu'elle me fiche la paix, mais tu vois très
bien de quoi je veux parler, surtout si j'ajoute que ses adeptes (dois-je dire ses victimes ?) vont toujours par deux, tels les Dupont-Dupond. Je m'étais légèrement énervée ce jour-là, et j'ai
pensé à ce que j'aurais du dire. Extrait de notre échange imaginaire :
— Bonjour madame, connaissez-vous Dieu ?
— Bien sûr, vous voulez parler du dentiste ou du garagiste ? Parce-que le dentiste se trouve deux rues plus loin sur la droite, alors que le garagiste a déménagé en
banlieue,pour avoir plus d'espace.
— ....
- Au revoir messieudames, passez une bonne journée.
— Mais madame, nous vous parlons de Dieu !
— Moi aussi.
Et oui, dans notre sud-ouest, les patronymes Dieu et leurs dérivés (Donnadieu, Dedieu, ...) se portent assez aisément. Je ris rien qu'en pensant à ce dialogue qui n'a pas eu
lieu. Ce nest pas très sympa pour ces deux malheureux, mais je n'ai vraiment plus envie d'entamer de discussions interminables, qui, de toute façon, finissent mal.
Passe une bonne journée. Je t'embrasse,
J'ai quelques frayeurs, lisant la newsletter du Courrier International de ce matin : le pape, non content de rétablir la messe en latin pour satisfaire les intégristes, affirme
que la seule vraie Eglise chrétienne est l'Eglise catholique.
A vrai dire, je peux regarder ça d'assez loin, étant, comme tu t'en doutes, d'un athéisme convaincu, qui ne va pas tarder à friser l'anticléricalisme si les fondamentalistes
cathos continuent de relever le nez à ce point. Mais je me dis que Ratzinger (je l'appellerais par son nom de pape quand je serai de meilleure humeur, et ce n'est pas parti pour !) voudrait
raviver les guerres de religion qu'il ne s'y prendrait pas autrement. Rallumons les bûchers : il doit bien y avoir quelques sorcières à brûler, quelques calvinistes à cuisiner, et pourquoi pas,
quelques orthodoxes à vouer au pal ou au pilori.
Je t'embrasse,
Te souviens-tu de l'année 2000, où nous avions été invités les uns et les autres à un nombre fort élevé de mariages ? Superstition, disions-nous, petite fantaisie de passage
que de vouloir cette date à chiffre rond pour convoler en justes noces. Je me demande même si ce n'est pas cette surenchère du passage forcé devant le maire qui m'a un tantinet dégoûtée du
mariage : quand c'est trop, c'est trop !
Je lisais pourtant récemment dans la presse (un article
du Nouvel Obs' si j'ai bonne mémoire), qu'il y avait eu une frénésie de mariage samedi dernier, 7/7/7, suivant une supersition vague, et ce sur l'ensemble de la planète. J'avais déjà entendu
dire que le département de l'Ardèche, numéroté 7, se préparait au grand jour, façon fête à tout casser, pour simplement honorer un bout de calendrier. Quand on voit que dans la foulée, on s'offre
un vendredi 13, les numérologues de bazar n'ont pas fini d'élucubrer et de surfer sur la naïveté populaire.
Je t'embrasse,
Je suis émue, sais-tu, par ces derniers faits divers dont la presse et la radio ont fait écho. Il y eut d'abord ce jeune Nelson, pulvérisé sur un passage clouté marseillais par
une voiture de police. Puis ce pauvre type qui a foncé délibérément dans la foule en Alsace. Enfin ce coup de couteau dans le cœur d'un jeune homme dans un village des Landes, pour un vulgaire
sandwich. Je lisais aussi qu'un homme avait poignardé à mort sa voisine qui lui reprochait les odeurs émanant de sa cuisine.
J'ignore ce que cela t'inspire, ma chère Albertine, mais ce cumul de faits divers, y compris dans des lieux où la violence ne semble pas habituelle (les Landes, quand même
...), n'est pas le signe d'une société heureuse et épanouie. Quelle colère anime ces hommes qui perdent ainsi tout avenir, quand ils n'y laissent pas la vie.
Loin de moi l'idée de t'asséner un discours sécuritaire dans lequel je suis si peu crédible. Tu sais ce que je pense du "tout répressif". Je suis juste inquiète de cette
succession de faits tragiques, alors qu'on entre tout juste dans l'été.
Je t'embrasse,
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